Comédie musicale, Théâtre, Théâtre polonais

Du théâtre musical polonais.

Si je vous dis « le théâtre polonais », vous penserez à quoi ?

Vous avez peut-être entendu parler de Andrzej Seweryn, ancien sociétaire de la Comédie Française, ou de Krystian Lupa qui vient de temps à autre en France pour présenter ses productions. Vous avez peut-être vu un des spectacles de Krzysztof Warlikowski et peut-être vous êtes un des spectateurs qui sont sortis outrés pendant Kabaret Warszawski au Théâtre de Chaillot en 2014 ou à l’entracte de Phèdre(s) à l’Odéon en 2016. Certes, Warlikowski est le metteur en scène le plus exporté. Mais malgré mon admiration pour ces trois figures du théâtre polonais, je ne vais pas vous parler d’eux aujourd’hui. J’aimerais vous présenter une branche de théâtre polonais complètement inconnue en France : le théâtre musical.

Les comédies musicales constituent un genre à part en France et connaissent un succès plus ou moins grand. Chaque saison nous offre environ 5 nouvelles productions dont le calibre varie selon le budget et le producteur. Nous avons bien des comédies musicales importées, de grands titres de Broadway et de Londres, des reprises et des nouvelles versions, faites à l’américaine (la comédie musicale conçue comme un spectacle), mais surtout, nous avons un tas de comédies musicales 100% françaises, faites à la française (la comédie musicale conçue comme une musique qui doit se vendre et dont la forme scénique est plutôt une représentation de cette musique, un concert). Oui, ce made in France est vraiment une manière bien à part dans la conscience des fans des comédies musicales. Moi-même, jusqu’à mes 17 ans, je ne connaissais que les comédies musicales faites à l’américaine donc celles qui étaient présentées comme n’importe quel spectacle théâtral. Le premier visionnage du Roi Soleil et ensuite, la première fois où j’ai vu une comédie musicale française en live (Mozart l’Opéra Rock en 2009) étaient une expérience surprenante. Jusqu’alors, le théâtre était un lieu presque sacré où on laisse la place aux comédiens, où on reste à l’écoute. Une comédie musicale était une sorte d’opéra plus accessible, plus moderne. Ces premières rencontres avec la version française de ce genre m’ont montré que la comédie musicale peut être aussi une expérience collective comme un concert. Aucune de ces expériences n’est bonne ou mauvaise. Elles sont différentes car elles mettent en valeurs de différents aspects de la représentation théâtrale : la musique en France, la narration et le jeu chez les Anglo-Saxons. Nous pouvons le constater aussi en comparant les distributions des productions. En France, les chanteurs occupent souvent des rôles principaux, tandis que les productions américaines ou anglaises misent sur les comédiens professionnels, diplômés des conservatoires, éclectiques.

Le théâtre musical polonais se concentre surtout autour de l’héritage Anglo-Saxon. Rien d’étonnant car les comédies musicales qu’on peut voir à Varsovie ou à Gdynia (les deux villes possèdent les plus grands théâtres musicaux) sont des reprises ou des adaptations des grands classiques comme Le Fantôme de l’Opéra, Les Misérables, Mamma Mia etc. Pour le moment, nous pouvons trouver un seul titre français – Notre Dame de Paris tel qu’on peut le voir à Paris, se joue au Théâtre Musical Danuta Baduszkowa à Gdynia. Ce qui est intéressant, 95% des adaptations se font sous la licence non-replica ce qui veut dire que la production doit respecter la partition et le libretto, mais elle est libre de faire son propre décor, sa chorégraphie ou ses costumes. Notre Dame de Paris se place dans ces 5% restant – la production n’a rien pu changer.

Depuis une petite dizaine d’année, nous observons aussi une décentralisation du théâtre musical. Bien sûr, cette décentralisation n’a pas la même ampleur qu’en France. Cependant, les plus grandes productions ne se concentrent plus à Varsovie ou à Gdynia. Quand je quittais la Pologne en 2012, cette tendance naissait à peine – il y avait un théâtre musical à Poznan et un autre à Chorzow qui proposaient des petites productions ou des titres internationaux moins connus. Maintenant, toutes les grandes villes possèdent au moins un théâtre dédié aux comédies musicales ou un opéra qui prête son plateau à des productions de ce type. Les titres sont très variés et les budgets de plus en plus importants. Grâce à l’Opéra Podlaska à Bialystok, les fans des comédies musicales ont pu retrouver quelques grands titres du Théâtre Musical Roma, notamment Le Fantôme de l’Opéra dans sa version non-replica et la distribution varsovienne. Si nous réussissons à bien caler les dates, il est possible de faire un tour théâtral de Pologne et voir une bonne partie de l’héritage musical Anglo-Saxon et Français (bon…juste un titre pour le moment…) : non seulement chaque théâtre musical propose ses productions, mais parfois nous pouvons voir plusieurs titres joués en alternance. C’est le cas du théâtre Studio Buffo ou Rampa à Varsovie, théâtre musical Danuta Baduszkowa à Gdynia, Opéra Podlaska à Bialystok, théâtre musical à Lodz ou à Poznan, de même pour les théâtres en Silésie.

Bien que les adaptations des productions étrangères dominent la scène musicale polonaise, certains théâtres proposent leurs propres productions 100% polonaises. Il y en a encore peu, mais il y en a quand-même. La plupart de ces spectacles ont été produits à Varsovie et à la manière Anglo-Saxonne donc comme un spectacle. Officiellement, le titre de la première comédie musicale appartient à Metro mis en scène par Janusz Jozefowicz en 1991 au Théâtre Dramatyczny et puis au Théâtre Studio Buffo à Varsovie. Officieusement, c’est la première comédie musicale polonaise du théâtre privé. Elle a été précédée par Miss Polonia de Marek Sart en 1961 à Operetka Warszawska. Je ne mentirais pas si je disais que c’est la comédie musicale la plus populaire en Pologne. Baptisée comme la première production du premier théâtre privé dans un pays libre et la première à avoir été exporté à Broadway et à Moscou où elle a connu un grand succès, elle se joue encore à Varsovie. De plus, elle a relevé de nombreux jeunes talents de l’époque – pratiquement tous les chanteurs et acteurs les plus connus ont débuté dans cette comédie musicale.

Studio Buffo n’a pourtant pas arrêté de produire de différents spectacles. Nous devons à ce théâtre encore 3 productions musicales : Peter Pan (en 2000, en collaboration avec le Théâtre Musical Roma à Varsovie), Roméo et Juliette (2004) qui se joue encore et vit actuellement sa renaissance en version 3D et Polita (2011) sur la vie de Pola Negri, également en 3D. Aucune production postérieure à Metro n’a réussi à avoir le même impact sur le théâtre polonais.

Le théâtre musical Roma à Varsovie correspond au théâtre Mogador à Paris – on se dirige vers ce théâtre si on veut voir un grand titre londonien ou américain joué tout au long de l’année, voire même deux saison de suite. Les titres étrangers proposés sont le plus souvent en version non-replica et très souvent se font remarquer parmi des adaptations diverses et variées du monde entier. Par exemple, la version polonaise de Cats a même été reprise à Londres pour l’anniversaire de cette comédie musicale. Ce leader de la scène musicale propose néanmoins ses propres productions tous les 10 ans. J’ai déjà mentionné Peter Pan (2000) en collaboration avec Studio Buffo, mais on range cette production plutôt chez la concurrence, vu que la mise en scène était signée par Janusz Jozefowicz et la musique par Janusz Stoklosa donc les directeurs du Studio Buffo. En 2007, Wojciech Kepczynski, le directeur et le metteur en scène de ce théâtre, s’est dirigé vers le théâtre pour les enfants et a mis en scène une des contes polonaises, Akademia Pana Kleksa de Jan Brzechwa. Malheureusement, le spectacle a vite disparu de la scène varsovienne car l’horaire n’était pas vraiment adapté pour les enfants. Depuis, Roma propose toujours les spectacles pour les enfants mais sur son second plateau, Nova Scena. En 2017, la première d’une nouvelle productions polonaise a eu lieu pour le 20ème anniversaire du théâtre. Il s’agit de la comédie musicale Piloci basée sur une histoire vraie de la II Guerre Mondiale. Cette nouvelle création a mélangé le style français et Anglo-Saxon car le spectacle garde bien l’esthétique de Kepczynski, mais il était promu par d’abord un single, Nie obiecuj nic, et ensuite par l’album intégral.

En ce qui concerne d’autres théâtres, les productions polonaises sont très rares, mais je vais leur consacrer quelques lignes dans le prochain article que vous pourrez lire très bientôt.

 


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