Cinéma

Les films français – regarder ou ne pas regarder ?

Quand je parle à mes amis des films français, je me heurte contre une sorte d’hostilité envers le cinéma français d’aujourd’hui. Cette hostilité est encore plus forte lorsqu’il s’agit des comédies qui, certes, ne sont pas, dans une bonne partie de cas, très inventives. Le rejet de ce patrimoine culturel est compréhensible vis-à-vis le cinéma offert par d’autres pays.  Moi-même, je suis un peu réticente en ce qui concerne le cinéma polonais. Je pense néanmoins que, malgré la répétitivité de certaines formes ou de développement de l’intrigue, le cinéma français (y compris les comédies) reste une bonne forme de divertissement et d’approfondissement de notre culture générale. Soyons francs : il est difficile d’être un snobe culturel aujourd’hui. Tous les genres cinématographiques et théâtraux entrent dans un cercle infernal des intrigues qui se répètent d’un film à l’autre ou d’une pièce à l’autre. La créativité tant convoitée s’exprime de plus en plus souvent de manière presque inaccessible pour un spectateur d’une culture générale ordinaire, ne possédant aucun savoir plus spécialisé dans le domaine concerné. L’activité qui devrait nous divertir devient donc un supplice. Les salles de théâtre se vident à l’entracte, celles de cinéma au bout d’une demie heure.

La répétitivité n’est peut-être pas bénéfique pour la progression créative, mais la créativité excessive n’est pas non plus bénéfique pour des spectateurs ordinaires. Si les salles se vident car le spectateur n’arrive pas à comprendre l’enjeu d’un film ou d’un spectacle, ces formes d’art font un pas en arrière et risque de redevenir élitiste. Je ne pense pas qu’un tel recul ait lieu en France, mais il constitue une des conséquences possibles. Je ne veux pas aborder ici la question du budget bien qu’elle s’impose – vous avez compris, je l’espère, l’impact des conséquences budgétaires sur ces deux domaines d’art en cas d’enfermement créatif.

Je n’ai pas évoqué les comédies françaises et la répétitivité qu’on leur reproche par hasard. En effet, j’entends souvent dire que les comédies françaises se ressemblent toutes. Oui, c’est le cas de tous les genres partout dans le monde. Les films d’action ou de science-fiction américains se ressemblent aussi, les films polonais encore plus, les films de Bollywood aussi et ainsi de suite. Si ces répétitions sont flagrantes pour des connaisseurs, elles ne le sont pas pour des spectateurs ordinaires qui ne cherchent que de se divertir. Les créateurs veulent la plupart du temps satisfaire le plus grand nombre des spectateurs pour, entre autres, générer le plus d’entrées possibles. De plus, il est difficile d’inventer quelque chose de nouveau aujourd’hui en ayant plus de 2000 ans d’héritage artistique dans le dos. Si la comédie est répétitive, c’est parce qu’elle a une définition bien fondée depuis des siècles. Malgré pas mal de révolutions que cette définition a subies au cours de l’histoire et la souplesse qu’elle a gagnée depuis un certain temps, son schéma reste et restera le même. C’est aussi le cas des autres genres qu’on rencontre au cinéma et au théâtre.

Il y a néanmoins des films qui sortent de l’ordinaire malgré le cadre imposé et sans être trop recherchés. La différence entre une histoire « normale » et une histoire qui nous enchante est délicate et repose le plus souvent soit dans la réalisation du film, soit dans un aspect d’histoire qu’elle touche. Si vous voulez savoir quels films français m’ont plu récemment et pourquoi, je vous invite à consulter le site mercredi pour découvrir mes coups de coeur du moment.

 

A.W.

  • Ewa Flr

    J’aurais souhaité savoir quels films sortent du lot car quand je regarde les affiches en passant à côté de cinéma chez moi, je vois guerre des titres attirants. Certes, il est peut être plus facile de trouver la cinématographie indépendante dans les salles parisiennes mais qu’est-ce que le cinéma français offre à tout le reste de la société? Je regarde à repetition des films avec de Funès car peu de films d’aujourd’hui peuvent se comparaître avec ceux d’il y a 20 ans. Avec le prix de billet de cinéma, on devrait pouvoir s’offrir bien plus qu’un Guillaume Gallienne tous les 3 ans. Soyons honnêtes, la comédie française n’a jamais été aussi bas.

    • Comme tu l’as remarqué, tous les cinémas ne peuvent pas se permettre financièrement de programmer les films qui intéressent très peu de gens et qui vont donc générer moins d’entrées. Malheureusement, le marché est dur et le loyer ainsi que la conservation des machines, les salaires des employées etc. ne vont pas se payer tout seuls. C’est la triste réalité de la vie culturelle de banlieue et de province.
      Après, il faut se demander si ce reste de la société est satisfait de ce que le cinéma français lui offre. Si un film marche, c’est parce que les gens veulent le voir. La publicité y est pour quelque chose bien sûr, mais elle ne suffit pas elle-même pour qu’un film ou un spectacle se vende bien. Le cinéma indépendant est souvent ce dont j’ai parlé dans l’article ci-dessus : élitiste et donc souvent inaccessible pour des gens qui n’ont pas un certaine connaissance des choses. Prenons pour exemple le film « Fences » que j’ai vu en février ou mars dernier. Un très beau film qui liait le cinéma indépendant avec une distribution forte et connue. Il a reçu pas mal de prix (notamment un Oscar pour Viola Davis). La salle était pleine à craquer au début. La moitié des spectateurs sont partis pendant le film. Il n’était pas ennuyeux (du moins pour moi), mais je comprends que tout le monde n’était pas capable, intellectuellement parlant, de saisir certains enjeux de l’intrigue.
      Je ne suis pas vraiment d’accord avec toi que le cinéma d’aujourd’hui ne peut pas se comparaitre avec celui d’il y a 20 ans. C’est toujours le même cinéma, seulement la manière de réalisation et de jeu était un peu différentes. Le cinéma est un art relativement jeune qui évolue très rapidement. Cette évolution marque les productions d’aujourd’hui si on le veut ou non. Il y a 20 ans, il n’y avait pas d’effets spéciaux, mais il y avait aussi des personnes qui disait que le cinéma n’était pas le même que celui des années 40, 50, que Marlon Brando, Clarke Gable ou Humphrey Bogart étaient meilleurs etc. C’est très subjectif. Pour moi, il n’y a pas de cinéma, de théâtre ou de comédiens meilleurs ou pires (sinon je me fâcherais avec le théâtre contemporain). Il y a juste des différences liées à l’évolution. Si des comédies françaises choisissent une telle direction plutôt qu’une autre, c’est parce que le public le demande. Je pense que ça sert à rien de « snober ». Il suffit de s’ouvrir un peu et d’admettre que le cinéma (et d’autres arts) est pour tout le monde.

  • Martine Guerin

    Très bel article. Je pense personnellement que le cinéma français souffre du manque de moyen par rapport aux géants cinématographiques américains et…indiens. Il faut savoir tout de même que ce dernier est très côté! toutefois, il y a, ou il y a eut, de très bon films français. Le tout est de trouver le bon réalisateur…des Lellouch, Truffaut pour le dramatique. Des Oury pour le comique, et enfin Verneuil, Lautner pour les polars…ce furent de bons moments cinématographiques. Aujourd’hui Besson prend le pas. Même si il a une part « américaine » il en reste Français. Donc, OUI le cinéma français n’est pas perdu. Quant au théâtre, en France nous avons toujours eu de belles pièces de théâtre, et ça ne date pas d’aujourd’hui…un certain Molière en est la preuve!!!

    • Je suis complètement d’accord que le manque de moyen et la bureaucratie étouffent un peu l’art en France : non seulement le cinéma, mais aussi le théâtre et la littérature. A part les noms que tu as énumérés, on a toujours de jeunes talents prodiges qui ont déjà prouvé qu’ils étaient capable de créer de vraies perles rares dans le domaine, par exemple Thomas Jolly dont les spectacles sont simplement sublimes.