Cinéma, Cinéma français, Littérature

Les dessins animés d’aujourd’hui sont-ils meilleurs que ceux d’autrefois ?

Avez-vous déjà entendu parler de cette tendance qui incite les mères à chercher des héroïnes fortes et indépendantes, mais qui ne sont pas des princesses ? De plus, ces mères refusent catégoriquement de lire des contes de fée avec des princesses dans le rôle principal ou même de montrer à leurs filles les dessins animés de Disney pour ne pas leur montrer « de mauvais exemples ». Il y en a aussi qui se plaignent qu’il y a peu de filles qui conquièrent le monde dans les dessins animés ou dans des livres. Mais dans leur jugement et parfois leur bouleversement, elles font une grande erreur : elles parlent des contes et des dessins animés d’autrefois. Et les dessins animés d’aujourd’hui alors ?

En grandissant dans les années 90, j’ai pu assister à une évolution des dessins animés assez rapide. J’ai eu la chance d’être confronté à de différents types d’animation, commençant par les dessins animés de mes parents qui étaient une sorte de guignol à la télévision, de vieux dessins animés russes et polonais faits à la main, des émissions pour les enfants plus modernes et plus violentes aussi servies par une des chaines américaines Cartoon Network (détesté par les parents depuis un certain temps), des séries d’animation japonaises et, enfin, des dessins animés de Disney. Bien sûr, je préférais les princesses. Je ne suis pas toutefois devenue « une femme soumise cherchant un prince charmant pour qui la beauté extérieure est la plus importante » (le reproche le plus fréquent). Je dirais même que les princesses Disney – et on avait pas des princesses rebelles à l’époque – n’ont pas eu d’influence sur moi en ce qui concerne mes priorités, mes valeurs etc. Elles m’ont appris à rêver ce qui a contribué au développement de mon imagination. Voilà l’effet secondaire des princesses…

En ce qui concerne les autres dessins animés, c’est vrai que, dans la plupart des cas, ils étaient violents. Parfois très violents. Cartoon Network servait pas mal de scènes de combat, de bombes, de blessures et d’autres scènes qui ne passeraient pas aussi facilement aujourd’hui. Il suffit de se souvenir de Tom & Jerry (ou du dessin animé russe, Nu, Pogodi !, dans le même registre), Looney Tunes, Les Supers Nanas (bon… là, on a des héroïnes dont les féministes peuvent être fières), Johnny Bravo… Même Scooby Doo n’était pas aussi sage qu’on le croit. Les séries d’animation japonaises n’étaient pas meilleures… Par exemple, dans Yatterman, les méchants finissaient à poil à la fin de chaque épisode. A vrai dire, seulement les dessins animés polonais, Il était une fois la vie et Maya  l’abeille se passait de violence, de nudisme ou d’autre contenu sensible. Je ne crois pas cependant que ma génération ou celle de ma soeur (de 7 ans ma cadette) ait subi de graves traumatismes psychologiques à cause de ces dessins animés. Sauf peut-être la mort de Mufasa dans Le Roi Lion – je pense que tout le monde a été traumatisé dans ce cas.

Aujourd’hui, nous observons une sorte de protection de la psychique fragile de l’enfant et nous voyons bannir la violence et d’autres « mauvais exemples » des dessins animés. Certes, ces mesures de préventions sont bénéfiques, surtout pour les enfants plus sensibles, mais cela ne veut pas dire que les dessins animés avec lesquels nous avons grandi sont mauvais et qu’il faut les oublier. C’est aux parents de cerner le niveau de la sensibilité de leurs enfants et de choisir des dessins animés et des livres appropriés ou, à défaut, discuter avec son enfant après le visionnage d’un contenu « sensible ». Les exemples les plus importants que les enfants suivent sont ceux de leur entourage le plus proche : les parents, les grands-parents etc.

Si les contes de fées avec les princesses dans le rôle principale semblent montrer de « mauvais exemples », c’est parce que nous oublions souvent que ces personnages n’ont pas été créés aujourd’hui. En effet, les contes de fée que nous connaissons aujourd’hui – Cendrillon, Chaperon Rouge, Blanche Neige, Raiponce et compagnie –  étaient des légendes et des mythes, dans la plupart des cas, qui étaient censés donner  la morale donc apprendre « l’ensemble de règles concernant les actions permises et défendues dans une société, qu’elles soient ou non confirmées par le droit » (source). Et ces règles étaient différentes il y a 150 ans : la parité n’existait pas, les hommes et les femmes avaient leur place bien déterminé dans la société. C’est pourquoi ces contes sont considéré souvent aujourd’hui comme des exemples à ne pas suivre. Or, nous pouvons voir dans les adaptations cinématographiques de ces contes une évolution des princesses et de leur condition féminine. Les premières princesses Disney ont vu le jour entre les années 1937 et 1959 où les femmes n’étaient pas encore aussi émancipé qu’aujourd’hui. C’est normal donc que Blanche Neige, Cendrillon ou La Belle au Bois Dormant nous montrent des femmes naïves, douces et soumises parce que tel était l’image de la femme de l’époque. C’est seulement à partir de 1989 que nous pouvons observer une sorte d’émancipation des princesses avec Ariel, Bella et Jasmine. Bien qu’elles gardent leur côté naïf, elles n’hésitent pas à se rebeller et à prendre les choses en main. Ensuite, Disney nous sert des princesses fortes et indépendantes, des héroïnes qui suivent leur principes et qui sauvent du monde. Il s’agit de Pocahontas et Mulan (1995-1998). Un premier pas pour rendre hommage aux femmes et à la parité. Enfin, nous arrivons à la période où les princesses sont libres et elles représentent bien les femmes d’aujourd’hui (2008 jusqu’à aujourd’hui). Elles se battent pour leur rêves, elles n’ont peur de rien et surtout, elles ne se ressemblent pas. Aucune des princesses ne constitue donc un mauvais exemple. Chacune reflète juste l’époque dans laquelle elle est née. Si les parents prennent soin d’expliquer aux enfants les différences entre les premières princesses et les dernières, je pense qu’ils donneront une belle leçon d’histoire de la condition féminine à ces enfants.

Nous avons vu par ce qui précède que les dessins animés suivent les changements sociaux de près. Non seulement chez Disney… Si nous regardons de plus près les dessins animés d’aujourd’hui, nous pouvons voir pas mal de différences par rapport à ceux d’il y a 20 ans et plus. Bien sûr, les dessins animés ne sont plus (ou très rarement) faits à la main. La plupart du temps, nous sommes confrontés à des films créés grâce à l’ordinateur et au talent d’un ou plusieurs graphistes. Les héros de ces dessins animés s’adaptent eux aussi à notre époque. Nous voyons de plus en plus rarement des héros humains, mais ceux qui les remplacent constituent une jolie allégorie pour les comportements humains. Peut-être, ces allégories sont-elles plus compréhensible pour les enfants ? Nous pouvons aussi observer une belle parité qui met en scène des héros masculins et des héros féminins ensemble sans la soumission d’un des sexes. Cette égalité est surtout visible quand les personnages ne sont pas humains. De plus, ces personnages ont aussi un autre rôle éducatif : ils montrent le fonctionnement de notre cerveau (Vice Versa) ou d’un téléphone portable (Le Monde Secret des Emojis) de manière très simplifiée, certes, mais efficace pour un enfant. Je pense, personnellement, qu’un petit personnage complètement imaginaire, comme un emoji ou des émotions, peut être plus parlant à un enfant qu’un personnage humain. Il est plus universel donc il plaît plus facilement. De plus, si nous prenons un animal pour un personnage principal, il est plus facile d’apprendre de l’empathie à un enfant envers les animaux. Les dessins animés devenus moins violents aujourd’hui gardent gardent le même schéma narratif mais incitent les créateurs à être plus créatifs pour contourner le déroulement de l’action qui nécessite une bataille ce qui montrent aux plus jeunes que la violence n’est pas la seule solution.

En revenons à la question que j’ai posée comme sujet de cet article… Je ne vous donnerai pas ma réponse. Les dessins animés d’aujourd’hui sont différents, tout simplement. Le monde change et il est bon de voir que l’animation change avec lui, mais c’est le temps qui nous montrera si ce changement était bon ou bien au contraire. Je vous invite néanmoins à répondre à cette question dans les commentaires, si vous le souhaitez.


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